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Camp de réfugiés palestiniens au Liban Résumé sur la réalité des camps de réfugiés palestiniens au Liban sur les plans : Médical - Education - Social et Recommandations (Août 2015 )

mercredi 16 septembre 2015, Par Le Collectif 69

0 / INTRODUCTION

Pour toute personne qui suit la réalité des camps palestiniens au Liban, il apparaît clairement : Les marques d’une grande tristesse, pauvreté et privations, comparés à ce qui les entoure comme régions voisines.  Les camps représentent ainsi des ensembles en ciment (car le béton, s’avère onéreux) collés les uns aux autres, sans la moindre organisation urbanistique ou/et architecturale.

C’est un environnement qui ne s’apprête réellement pas à abriter des vies humaines dignes de ce nom. A l’intérieur des camps, il n’existe pas de véritables réseaux routiers (avenues, rues, etc.) ; mais nous observons la présence de petites ruelles et impasses qui permettent à peine le passage de 2 personnes, côte à côte, dans les 2 sens.

L’absence totale d’infrastructures minimales d’électricité, d’eau, etc. Même la lumière du jour (ou le soleil) a du mal à éclairer, en pleine journée, ces ghettos et bâtis accolés les uns aux autres. En outre, le déplacement d’un endroit à l’autre à l’intérieur du camp est rendu difficile par cette situation déplorable (surtout d’exiguïté).

L’interdiction pour les réfugiés palestiniens d’enregistrer au cadastre tout bien immobilier qu’ils auraient acheté et/ou acquis, ou même à acquérir sur le sol libanais, les a contraint à rester à l’intérieur des petites parcelles de terrain des camps. Il est à rappeler aussi que la plupart de ces petites surfaces, sur lesquelles, ils se trouvent actuellement, ont été formées et cédées au début des années 50, du 20ème siècle, afin d’accueillir les réfugiés palestiniens, affluant à la suite de la NEKBA (1948). A cette époque, leur nombre ne dépassait pas les 75 000 réfugiés. On peut se demander légitimement quelle serait leur situation aujourd’hui avec un nombre dépassant nettement les 450 000 réfugiés palestiniens au Liban, d’après le dernier recensement et parqués sur un bout de terrain, qui, lui, en revanche, n’a pas augmenté en superficie, ni changé depuis ... ; avec , en plus, leur assujettissement à une loi arbitraire qui ne permet pas d’agrandir les camps. Plus que çà, elle interdit même le droit à la propriété aux palestiniens en-dehors de ces camps. Il est certain que s’il n’y avait pas cette double contrainte et dispositions drastiques supplémentaires, on aurait pu alléger le surpeuplement dans les camps et atténue la flambée des prix de l’immobilier, qui dépasse aujourd’hui largement le pouvoir d’achat des réfugiés palestiniens.

De ce fait, les camps palestiniens se sont transformés, avec la croissance démographique, en une bombe à retardement, prête à exploser à tout instant… Ils sont désormais devenus des foyers d’accumulation de la misère et de propagation de différents problèmes sociaux, économiques, etc. qui demeurent difficiles à résoudre, compte tenu des contraintes exercées sur eux de la part des autorités libanaises qui se sont succédées durant ces dernières décennies.

Cette situation de limitation de l’extension des superficies des camps, pour les agrandir et répondre à la croissance démographique, a obligé les réfugiés palestiniens à bâtir leurs habitations en hauteur et donc, contraints à une expansion des constructions de logements à la verticale, afin de résorber l’augmentation naturelle de la population des camps, tout en se limitant aux mêmes surfaces accordées à ces camps depuis le début de leur constitution sur le territoire libanais. Ces extensions « à la verticale » des bâtiments se sont faites, dès lors, de façon anarchique, ne respectant même pas le minimum des normes architecturales et urbanistiques, voire de salubrité, ainsi que les conditions minimales de sécurité. Tout cela ne cesse de s’aggraver et de s’empirer, en l’absence définitive d’une prise de responsabilité par l’Etat libanais à l’égard des réfugiés palestiniens, qu’il a pourtant accepté d’accueillir sur son sol. La recherche de solutions plus humaines pour agrandir les camps et alléger cette situation de pauvreté, de souffrance et de tristesse (ne serait-ce que provisoirement et jusqu’à la résolution de leur problème, par l’obtention du droit au retour des palestiniens sur leur terre et maisons) ne semble pas être la préoccupation première de l’Etat libanais pour l’heure.

1 / LA REALITE SANITAIRE :

Il est de partout reconnu le droit des personnes à la santé et cela représente même un droit essentiel, qu’on ne peut occulter, pour jouir des autres aspects des droits de l’homme. Dans son article-12, en particulier, la convention universelle des droits de l’homme stipule que « toute personne a le droit d’accès à un niveau supérieur de santé de telle sorte qu’elle puisse vivre décemment, tout en lui garantissant des soins de qualité, bref un accès à la santé à elle et à sa famille ». Cela est valable aussi pour d’autres besoins vitaux tels que : se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, ainsi que pour d’autres services essentiels et notamment sociaux. En outre, les conventions internationales mettent l’accent sur les droits économiques, sociaux et culturels des peuples de manière plus générale et font de sorte que ceux-ci soient indissociables des doits élémentaires des personnes et des droits de l’homme.

a) Quelques données chiffrées sur la santé :

Au Liban, il existe 27 centres de soins appartenant à l’UNRWA. Ils sont considérés comme des centres sanitaires assurant les premiers soins. Le nombre total des fonctionnaires, employés du secteur sanitaire par l’UNRWA (cela ne concerne pas les fonctionnaires de la santé environnementale) ne dépasse pas les 377 à ce jour. Selon les évaluations courantes actuelles du Bureau de la Région du Moyen Orient de l’O.M.S., la moyenne actuelle est de 236 médecins et de 300 infirmiers(ères) pour 100 000 personnes. Tandis que l’UNRWA ne finance que 21,5 médecins et 48,5 infirmier(ière)s pour 100 000 réfugiés palestiniens ; sachant que le nombre moyen des malades qui se rendent quotidiennement dans ces centres sanitaires et dispensaires des camps de réfugiés palestiniens est sans cesse en croissance et a atteint les 159 malades/jour. D’ailleurs, d’après les résultats du recensement de l’UNRWA pour l’année 2013, le nombre des malades reçus dans ses centres de santé a atteint 333 167 patients.

Par ailleurs, on a enregistré à 19/1000 le nombre de bébés morts nés ; quant à la mortalité infantile (et/ou à âge précoce), elle est de 21,4/1000 et enfin, la moyenne des décès des mères allaitantes se situe à 42,1/1000 chez les palestiniens des camps au Liban. Un autre aspect alarmant chez les réfugiés palestiniens des camps libanais est celui de la propagation des maladies chroniques à une vitesse vertigineuse ; celles-ci atteignent 31% et concernent les variétés suivantes : l’hypertension artérielle à 32% , les lombalgies à 9%, les asthmes 9%, les diabétiques à 8%, la rhumatologie à plus de 6% , les problèmes cardiaques (et/ou cardio-vasculaires) à 4% et épileptiques (épilepsie+ neurologie) à 3%. Tandis que la question de la santé et de l’accès aux soins des réfugiés palestiniens demeure l’une des missions premières et obligations de l’UNRWA, de l’Etat du Liban et de l’OLP réunis, nous observons une défaillance totale de ces différentes parties et un manquement flagrant à l’égard des palestiniens présents sur le sol libanais. L’UNRWA, en particulier, doit faire bénéficier tous les réfugiés palestiniens de ses services de soins et notamment ceux classifiés comme étant de premier degré, tels que : les examens médicaux de première nécessité et secours d’urgence, ainsi que les consultations courantes dans ces centres et cabinets répartis dans les différents camps palestiniens du Liban.

b) Evaluation du dispositif médical et du financement de l’UNRWA :

L’UNRWA a été amenée, durant ces dernières années, à élargir ses services aux familles des réfugiés et en particulier à tous ceux, parmi eux, qui se sont mariés à des non réfugiés des camps (époux-épouses-enfants). Mais le revers de la médaille, c’est que ces installations sanitaires ou médicales de l’UNRWA souffrent déjà d’un manque d’équipements médicaux et d’appareils souvent indispensables pour réaliser des examens de qualité et établir des diagnostics précis pour les différentes pathologies dignes de ce nom. Ces carences en équipement médical mettent en danger de façon sérieuse le suivi et la santé des patients réfugiés palestiniens à l’intérieur des camps. Certains réfugiés malades, lorsqu’ils ont la possibilité matérielle (grâce à la solidarité familiale), ont recours à des cabinets médicaux privés à l’extérieur des camps et ceci à leur entière charge, sans aucun remboursement.

Cependant, l’UNRWA a introduit quelques programmes électroniques (informatiques) et administratifs, afin d’une part, de contrôler le rendement des équipes médicales sur place et, d’autre part, les appliquer aussi au niveau de l’organisation et des prises de rendez-vous des patients ainsi que des visites de suivi médical des malades. Seulement cette nouvelle application, apriori rationnelle, demande une prise de conscience généralisée chez les réfugiés palestiniens démunis de tout et surtout, n’arrivant pas à cerner les notions de temps et de planification sur la durée, dans le but d’optimiser l’utilisation du minimum existant. A cela, s’ajoute la situation d’urgence résultant de l’exode des réfugiés palestiniens des camps de la Syrie. A l’évidence, ces derniers viennent augmenter, par leurs flux croissants, la charge de travail de ces centres de santé déjà saturés, avec un effectif de soignants toujours au même niveau (si ce n’est pas revu à la baisse) dans la plupart des camps de palestiniens du Liban. Une autre conséquence, et non des moindres, due à cette situation de surpeuplement des camps de réfugiés est celle de l’épuisement prématuré des stocks de médicaments pourvus. Si bien qu’on arrive à une situation dramatique dans ces centres où l’on manque de tout… Quant à la qualité des soins dans le secteur privé, avec qui l’UNRWA a passé des contrats (ou conventions), la situation est restée inchangée depuis janvier 2010 (aucune augmentation pour la prise en charge des patients). L’UNRWA ne prend pas en charge la totalité des soins : seuls les soins de 2ème niveau sont remboursés intégralement ; tous les autres soins et médicaments des centres privés sont à la charge du patient et considérés en-dehors du contrat ou conventionnement de l’UNRWA.

En ce qui concerne les opérations chirurgicales qui demandent une attention particulière et une prise en charge de niveau 3, l’UNRWA a décidé d’ intervenir que sur une partie des dépenses engagées en la matière, n’excédant pas les 50% des coûts réels et ce, à hauteur d’un plafond des dépenses inférieur à 8 000 dollars (USD). Le reste des dépenses chirurgicales est à la charge du malade opéré ou de sa famille… Lorsque le montant des soins de cette catégorie (chirurgie) dépasse les 8 000 dollars, c’est le programme CARE qui prend le relais, en terme de prise en charge des remboursements et cela, jusqu’à hauteur de 15% supplémentaires et à la condition que l’ensemble des dépenses n’excède pas 10 000 dollars (USD).

Il importe de savoir que la qualité des soins apportée par le secteur privé avec qui l’UNRWA a passé des conventions, varie d’un hôpital à l’autre et leur qualité, ou niveau de compétences restent généralement en-dessous de ceux des autres hôpitaux spécialisés du Liban à l’instar de : l’Université Américaine, l’Hôpital catholique de cardiologie, ou encore l’Hôpital Hôtel Dieu. En effet, les centres de l’UNRWA refusent d’orienter leurs malades à ces hôpitaux de niveau supérieur… Aussi, un autre point mérite d’être soulevé sur la façon dont l’UNRWA passe ses contrats avec ces hôpitaux privés : les malades palestiniens sont traités à part dans des pavillons spécifiques à eux et non mélangés avec les autres patients des services de ces hôpitaux. De plus, la prestation de service qui leur est réservée est réduite au minimum ; c’est dire qu’ils vivent une ségrégation supplémentaire devant la santé (une sorte de ghettoïsation et d’apartheid à l’intérieur des établissements privés qu’ils n’ont pas choisi ; mais que les accords avec l’UNRWA a tramé malgré eux, comme si tous les manquements énumérés précédemment ne suffisent pas…)

Cette réalité ne concerne pas le Camp de NAHR EL BARED (au nord du Liban) depuis sa destruction suite aux événements tragiques qu’il a subis en 2007, car la prise en charge des soins par l’UNRWA se situait à hauteur de 100%, à peu près dans tous les hôpitaux de la région. Seulement, face au déficit financier que connaît cette institution « onus’ienne » et à la réduction de son budget pour la reconstruction du camp « Nahr El Bared », l’UNRWA a annoncé dès le 1er /09/2013, qu’il allait réduire son programme d’intervention et de couverture des soins de la population de ce camp et de procéder à l’uniformisation et à la généralisation de cette restriction aux autres camps du Liban (sous prétexte d’un même traitement pour tous).

Ces dernières décisions de l’UNRWA, qui tendent à étrangler davantage les réfugiés palestiniens du Liban (dont la situation n’est déjà pas des plus aisées dans le monde), ont entraîné une vague de protestation des populations des camps, sans précédent : les habitants des camps refusent en bloc une quelconque idée d’uniformisation, tirant plutôt vers le bas le niveau d’intervention de l’UNRWA (voire sa démission progressive), ayant pour conséquences : la fermeture des institutions et installations scolaires, médicales (ou sanitaires), sociales et autres dans les camps. Les protestations se sont accrues de partout au Liban et ont touché même le bureau central de Beyrouth, qui a fermé ses portes pendant plus de 2 mois et demi. A la suite de ce large mouvement, l’UNRWA a été contrainte de réviser ses décisions relatives au camp de Nahr El Bared dans un premier temps, pour relever son taux de prise en charge à 70% pour les soins de niveau 3, et ce, en commun accord avec les agents actifs des camps, tant sur le plan social que politique.

Aussi, la bureaucratie déléguée auprès de l’UNRWA ainsi que l’entêtement et le zèle de certains de ses fonctionnaires ont créé la plupart du temps des problèmes aigus, voire un état d’inquiétude permanent parmi les réfugiés palestiniens. L’UNRWA exige avant tout que le malade obtienne l’accord de son transfert par le médecin du centre sanitaire du camp durant les horaires d’ouverture officielle (entre 7h30 et 14h45) et non au-delà, quelque soit la situation. De plus, elle impose que le patient ait un rapport médical circonstancié rédigé par son médecin particulier (ou traitant), lui prescrivant son entrée à l’hôpital, faute de quoi, il ne peut le faire même en cas d’urgences. Donc, de ce fait, en dehors des horaires d’ouverture, même s’il y a un cas d’urgence absolue, il ne sera pas traité. Cependant, l’UNRWA avec son équipe médicale et administrative annonce, de manière contradictoire, dans toutes les régions qu’elle couvre tous les soins et hospitalisations, que les hôpitaux peuvent accueillir les réfugiés palestiniens et faire le nécessaire pour eux, soit dans les urgences, soit dans les autres services de soins hospitaliers. Seulement dans la pratique, le médecin contrôleur de l’UNRWA exige de l’hôpital qu’il soit informé préalablement de la situation, pour donner son accord ou non à l’hospitalisation. Ces procédures protocolaires prennent souvent un temps trop long, surtout lorsque les situations se présentent tard dans la journée ou durant la nuit. Il est fréquent même de rencontrer des problèmes de communication et de réseaux. L’ensemble de ces tracasseries crée de nombreuses difficultés au quotidien pour les réfugiés palestiniens, surtout lorsqu’il y a des cas urgents à traiter ; cela peut assez fréquemment mettre en danger de mort quantité non négligeable de malades et les exemples de ces cas sont nombreux.

Un autre aspect à relever dans le fonctionnement de l’appareil de l’UNRWA est celui de la hiérarchisation de l’importance des opérations et interventions chirurgicales, les qualifiant : d’opérations « froides » ou « non froides ». Ainsi, sera reportée l’intervention chirurgicale sur un patient jugé en « situation froide » et le délai de ce report peut aller de 1 mois jusqu’à 1 mois et demi d’attente. Tout cela a lieu sans aucune considération de ce qui peut se passer pendant cette période d’attente comme évolution de la pathologie chez le malade, ni se soucier de ses douleurs.

Quant à l’OLP, qui gère des hôpitaux via le croissant rouge palestinien, cette dernière n’accepte l’hospitalisation du réfugié palestinien que s’il est en possession d’une autorisation de transfert délivrée par l’UNRWA, ou alors à la condition qu’il paie les factures de soins et ce quelque soient leurs natures (urgences, chirurgie, hospitalisations longues ou ambulatoires…)

Cependant, il existe une coopération entre le croissant rouge libanais et le croissant rouge palestinien, avec l’UNRWA, afin de permettre la prise en charge les dépenses d’accouchement des mères palestiniennes au sein de leurs services maternité, mais sous réserve d’un transfert UNRWA dans ces hôpitaux.

Un autre point important à soulever est celui de la marginalisation de la Caisse Nationale Palestinienne des hôpitaux du croissant rouge et le manque de contrôle administratif, avec l’absence de stimulation et motivation du cadre médical. Tous ces éléments conjugués ont rendu plus difficile encore la situation financière que connaissent les hôpitaux du croissant rouge palestinien. Ceci n’a pas été sans incidence sur les services médicaux, ce qui a entraîné chez les réfugiés palestiniens un refus total pour aller dans ces hôpitaux et une préférence pour les hôpitaux privés qui dispensent les mêmes prestations de soins et à moindre coût.

Enfin, en ce qui concerne le positionnement de l’Etat libanais par rapport à ces problèmes de soins (et plus généralement de santé) des réfugiés palestiniens présents sur son territoire, il est ambigu ; car l’Etat libanais ne s’occupe de rien et ne propose aucune aide en ce domaine, ni au niveau des hospitalisations, ni au niveau des prises en charge des médicaments. Néanmoins, les hôpitaux publics libanais passent des conventions avec l’UNRWA, pour accueillir certains malades palestiniens, relevant de la catégorie 3. Ces derniers sont couverts en cas d’hospitalisation à 50%. Le reste des dépenses de soins est à la charge du patient ou de l’UNRWA, si le malade remplit les conditions d’éligibilité à l’hospitalisation de catégorie 2.

La seule différence qui existe entre les hôpitaux publics et privés, pour le patient, est que le secteur public revient moins cher que le privé, car l’Etat libanais subventionne ce secteur, via le Ministère de la Santé. Autrement, l’Etat libanais ne fournit pas d’autres aides ou prestations sanitaires aux réfugiés palestiniens sans contrepartie financière, à leur charge bien sûr.

2 / LA REALITE DE L’EDUCATION :

L’enseignement et l’accès à l’éducation constitue un droit inaliénable des peuples, comme stipulé par la charte universelle des droits de l’homme dans son article-2 et ainsi que le confirment d’autres textes de conventions internationales relatives aux droits économiques, sociaux et culturels. Plusieurs documents internationaux insistent sur l’importance de ce droit à l’instruction qui est essentiel pour accéder aux autres droits universels tels que la satisfaction des besoins économiques et sociaux.

a) Quelques données chiffrées sur l’Enseignement & le Dispositif scolaire dans les camps :

Au Liban, on dénombre 69 établissements scolaires au total, avec 6 d’entre eux qui sont des établissements réservés à l’enseignement secondaire. Ils accueillent en tout 31 753 élèves issus de ces familles de palestiniens réfugiés dans les camps.

Malgré la prise en charge par l’UNRWA, durant ces 10 dernières années, de la construction de nouvelles écoles, ainsi que de la rénovation et la maintenance des anciens bâtis scolaires, tout en les équipant en micro-ordinateurs, en réseaux internet, en laboratoires scientifiques et en bibliothèques nécessaires aux élèves, etc. , les différents niveaux de l’enseignement chez les palestiniens souffrent encore de graves carences et problèmes :

L’absence de financement par l’UNRWA des installations préscolaires (jardins d’enfants & écoles maternelles). Cet aspect demeure important parce qu’il crée des lacunes importantes et des retards dans l’acquisition des savoirs de base chez les enfants, voire une discrimination entre ceux qui ont eu la chance d’aller dans ce type d’école et ceux dont les parents n’ont pas eu les moyens de les envoyer dans ces dispositifs avant leur entrée dans les écoles primaires.

La poursuite de la politique de surenchère systématique de l’UNRWA ; ce qui est de nature à nuire à l’intérêt général de l’ensemble des élèves et étudiants.

L’UNRWA continue à s’ingérer dans le fonctionnement des établissements scolaires et notamment dans les sanctions disciplinaires qui relèvent des seules prérogatives des enseignants, en prétextant empêcher la violence dans ces enceintes (projet ETI). Ainsi, elle recourt à la sanction de l’enseignant au lieu de celle de l’élève, lorsqu’il se produit un incident d’ordre disciplinaire ou un manquement de l’élève dans ses apprentissages. En conséquence, l’enseignant est empêché de jouer son rôle éducatif et est dépossédé de son autorité, ce qui provoque une situation de désordre supplémentaire et des conditions d’apprentissage qui mettent en échec les élèves et leurs enseignants.

Une autre situation dangereuse, qui a tendance à se développer, est celle de la démission des parents et le désinvestissement de l’ensemble des élèves, hormis quelques exceptions, alors que l’inverse doit être vrai.

L’absence de motivation et d’enthousiasme devant les apprentissages et l’éducation en général, constitue un signal d’alarme inquiétant. En effet, les enfants palestiniens comme leurs parents sont en perte d’espoirs, par les conditions draconiennes de leur quotidien, et ne voient ni horizons, ni perspectives d’avenir meilleur pour eux…

b) Evaluation de la situation globale de l’Education des réfugiés palestiniens au Liban :

Il est du rôle et de la responsabilité de l’UNRWA de secourir et de trouver de l’emploi aux réfugiés palestiniens au Liban, comme dans les autres pays de la région du Moyen Orient, où on les a dispersés après la Nekba. C’est pourquoi, au Liban, l’UNRWA fournit et a sous sa responsabilité, l’enseignement des palestiniens aux niveaux : du primaire, des collèges et lycées, en même temps que du professionnel. De la même manière, cette institution finance aussi les études supérieures et procure des bourses pour les étudiants palestiniens qui ont réussi à accéder à l’Université avec des moyennes élevées. Le nombre des bourses que donnaient l’UNRWA aux étudiants palestiniens du Liban se situait entre 50 à 75 durant ces dernières années. On a vu leur nombre diminuer tout récemment, alors que les pays pourvoyeurs de fonds n’ont pas réduit leur financement dans ce domaine. L’explication de cette diminution tient d’une part, à la multiplication des procédures UNRWA pour l’obtention de ces bourses d’études (ce qui est de nature à décourager les étudiants palestiniens à en faire la demande) et, d’autre part, à la diversification des spécialités supérieures demandées qui semblent avoir des coûts plus conséquents encore ; ce qui a rendu difficile, voire impossible la couverture de 75 bourses à l’année, comme par le passé.

En ce qui concerne les écoles de l’UNRWA, dans les divers degrés de l’enseignement, il apparaît la plupart du temps une situation de surpeuplement dans les classes qui rend difficile la dispensation des cours dans des conditions favorables et satisfaisantes. Cela concerne, en plus, les camps de réfugiés palestiniens les plus peuplés du Liban, tels que « Aïn El Hilwé » ou « Borj El Barajné » où sont entassés en moyenne 42 élèves par classe, dans des salles de cours exigus.

En outre, comme déjà dit précédemment, dans la mesure où l’UNRWA, a interdit les sanctions disciplinaires et s’ingère continuellement dans le fonctionnement pédagogique des enseignants ainsi que dans le mode d’organisation et de gestion de leurs classes, le respect des institutions éducatives ainsi que des enseignants eux-mêmes a connu un recul notoire qui a eu des effets négatifs sur les résultats scolaires, la formation et l’enseignement des élèves (de plus en plus indisciplinés, car d’une part, il y a absence de sanctions et d’autre part, souvent ces derniers sont en bas âge et n’ont pas la faculté de discernement).

Aussi, il est important de signaler, pour cette année, que l’UNRWA a pris l’initiative officiellement d’intégrer les enfants de réfugiés palestiniens qui ont récemment fui la Syrie, dans les différents cycles des écoles des camps palestiniens sur le territoire libanais, alors que ces écoles et classes sont déjà plus que surchargées… L’UNRWA a recruté, pour faire face à ces nouveaux flux, des enseignants volontaires parmi les étudiants des Universités en fin de cycle, avec des salaires au rabais. Néanmoins, malgré cette bonne volonté affichée, un problème essentiel subsiste est celui de la différence entre les méthodes et systèmes d’enseignement suivis en Syrie et ceux du Liban.

Par ailleurs, l’UNRWA continue à appliquer la politique de « listes sélectives préalables » dans la nomination et le recrutement des enseignants (ces textes posent déjà des conditions et critères de recrutement difficiles et complexes à appliquer) ; toutefois sans aller jusqu’à une logique de parité dans le respect des mesures contenues dans ces textes « réglementaires » la plupart du temps. Il se trouve qu’en raison de ces procédures, l’affectation des enseignants devient injuste et inappropriée, car il est fréquent que l’enseignant se voit nommé loin du lieu de son habitation ou duquel il est originaire ; ainsi on augmente sa difficulté de s’y rendre par les mouvements d’éloignement délibéré et sans raison. De fait, le professeur n’est pas en situation de confort psychologique, ni matériel (Il est démotivé et déstabilisé, car loin de sa famille et de son foyer) et en particulier pour les enseignantes mariées, avec enfants qu’elles sont obligées d’abandonner (et de faire garder) à cause de leur travail (constituant leur seule source de subside).

A ce sujet, plusieurs plaintes ont été adressées directement aux responsables de l’UNRWA, afin d’attirer leur attention sur ce système de listes sélectives (et discriminatoires) préalables rendues obligatoires par cette institution et que rencontrent les cadres de l’enseignement, avec de grandes difficultés pour leur recrutement… De même, le cadre enseignant recruté sous ce régime « des listes sélectives » est privé de plusieurs avantages salariaux et services tels que : la sécurité sociale et la prise en charge médicale ou des soins, ainsi que de son maintien de salaire ou d’un revenu de remplacement en cas de congés, de week-ends, ou de jours fériés (qui restent non rétribués…). En outre, on lui demande de se soumettre à des sessions de formation tous les vendredis et ce durant toute l’année scolaire et au-delà. Puis, malgré ces formations et cet investissement, le cadre enseignant est surpris de voir son contrat s’arrêter et mis en licenciement (alors qu’il a acquis une grande expérience) par simple décision de l’UNRWA. Cette dernière, au lieu de maintenir en poste ces anciens enseignants, se met à recruter de nouveaux, afin de les remplacer. Cela constitue de véritables gâchis dans les compétences pour les enseignants comme pour l’institution scolaire et nuit de façon permanente à la qualité de l’enseignement et à l’intérêt général des élèves.

Enfin, un dernier aspect indéniable qui pose un défi supplémentaire au système scolaire à la disposition des enfants de réfugiés palestiniens des camps du Liban, est celui du non remplacement des enseignants absents pour raison de santé (maladie de longue durée, ou des congés de maternité pour les enseignantes - dont le mari est mis en congé de 10 jours lorsqu’il est lui-même enseignant, sans être non plus remplacé-, hospitalisations, etc.).

Quant aux résultats aux examens officiels de l’enseignement, notamment dans les cycles moyens tels que le brevet, sont considérés comme un indicateur important du niveau et de la qualité de l’enseignement dans les écoles de l’UNRWA. En 2013, le taux de réussite à l’examen du Brevet a atteint 61% et ce dernier a connu une amélioration cette année par rapport à 2012 qui était bien inférieur.

Sur un autre plan, le gouvernement libanais, pour sa part, n’a pris aucune mesure en faveur de l’enseignement des élèves et étudiants des camps de réfugiés palestiniens présents sur son territoire. Il ne s’engage pas non plus à accueillir les enfants palestiniens dans les écoles libanaises. Cependant, il est d’usage (et non de droit), d’accueillir un taux d’élèves étrangers dans les écoles libanaises ne dépassant pas les 5%. Et les élèves palestiniens du Liban doivent entrer dans ce cadre limité pour accéder aux écoles publiques libanaises.

S’agissant de l’enseignement supérieur, enfin, il est permis aux étudiants palestiniens de s’inscrire et d’y accéder uniquement dans les études générales de type littéraire ou sciences humaines et non dans les filières scientifiques telles que les facultés de médecine, de pharmacie ou les grandes écoles d’ingénieurs, ou sciences exactes et appliquées. Les conditions d’accès dans ces dernières sont tellement difficiles et draconiennes pour les étudiants palestiniens, qu’ils sont découragés d’emblée à aller dans ces spécialités.

En ce qui concerne les institutions scolaires de l’OLP, il faut noter que celles-ci ne couvrent pas tous les cycles et stades de l’enseignement au Liban. L’OLP et l’autorité palestinienne se contente, à travers son ambassade à Beyrouth, à octroyer quelques bourses et aides universitaires, selon des critères sélectifs sociaux et de niveaux des étudiants (à savoir obtention de moyennes très élevées…). Aussi, l’on remarquera, le plus souvent, un manque de transparence dans la distribution de ces aides publiques et bourses. Mais malgré tout, ces attributions de bourses d’études constituent une aide non négligeable, pour permettre aux étudiants palestiniens de suivre des études supérieures. Néanmoins, ces aides restent largement en dessous des besoins réels des étudiants palestiniens.

3/ LA REALITE SOCIALE :

Les réfugiés palestiniens du Liban restent encore privés de leurs droits civils, sociaux, économiques et culturels, car le Ministère libanais des Affaires Sociales ne leur offre rien, considérant que c’est à l’UNRWA de prendre en charge ces services et prestations, puis du reste, elle estime que ses propres moyens sont limités, même pour les libanais. De plus, les lois libanaises ne le permettent pas d’inclure la population palestinienne dans ces lignes de financement. Les besoins des palestiniens au Liban, sur le plan social, restent, au demeurant, très élevés et les seuls bénéficiaires de prestations sociales servies par l’UNRWA ne dépassent pas les 12% de l’ensemble de la population des camps de réfugiés sur le sol libanais.

Aussi, les aides attribuées par l’UNRWA dans le domaine social sont très réduites et sont octroyées d’après des critères sélectifs difficiles, suivant des programmations expérimentales exceptionnelles, pour apporter un secours aux plus nécessiteux ; c’est-à-dire à une infime frange relevant du « SHC ». Dès lors, l’UNRWA fournit en petites quantités les denrées alimentaires de base (sucre, huile, riz, blé et quelques autres céréales, ou boîtes de conserve…) aux réfugiés palestiniens les plus précaires et ceci, tous les 3 mois, sans dépasser le montant total de 33 dollars/personne. Les décisions du programme d’aide sociale sont prises au siège se situant à Amman en Jordanie, pour les 5 pays et zones sur lesquels se trouvent les réfugiés palestiniens (après 1948), sans prise en compte des spécificités de chaque zone et des différents besoins particuliers des palestiniens dans chacun de ces pays ; ce qui est de nature à engendrer divers problèmes et difficultés dans l’application du programme. Le plus souvent, plusieurs cas sont exclus du dispositif d’aides sociales, alors qu’il est sensé avoir prévu leurs prises en charge, dans la globalité. De même, cela entraîne la remontée, auprès des fonctionnaires de l’UNRWA, de nombreuses protestations répétées par les populations des camps palestiniens ; alors qu’il s’avère, en définitive, que ces masses d’exclus de l’aide sociale relèvent bien de ces dispositifs « onu’siens »…

C’est pourquoi, durant cette dernière période, l’UNRWA a recouru à la constitution de Commissions mixtes (associant les représentants de la population palestinienne et les habitants de ces 5 zones, comme, par exemple, les comités populaires dans les camps), afin de réexaminer les demandes refusées et combler les déficits et défaillances des programmes appliqués jusque là. Ainsi, avec cette procédure complémentaire, l’UNRWA prétend rattraper les niveaux d’aide des années antérieures et corriger le tir, en touchant plus de18% de bénéficiaires parmi l’ensemble de la population palestinienne. Seulement, la réalité est toute autre et la situation sociale et conditions de vie des palestiniens demeurent inchangés et sans aucune amélioration dans les services proposés par cet organisme.

Enfin, à l’échelle de l’OLP et de l’autorité palestinienne, l’action sociale se limite à l’adoption d’orphelins ou bien à la prise en charge des familles de martyrs et des blessés. Elle continue à distribuer, au compte gouttes, des petites aides financières, qui ne sont pas à la hauteur des besoins réels, ni au niveau de l’élévation du coût de la vie au Liban. Elle brille plutôt par l’absence d’alternatives, ou de véritables solutions et programmes d’aide sociale et autres. Fort heureusement, la société civile palestinienne et les associations caritatives tentent de combler ce déficit ou carence dans le secteur social à travers l’aide qu’elle présente aux différentes franges de la population, mais celles-ci ne suffisent pas malheureusement à couvrir tous les besoins des différents groupes d’habitants et réfugiés palestiniens dans les camps au Liban.

4) LA CRISE DU LOGEMENT DANS LES CAMPS :

Les différents camps palestiniens du Liban souffrent de diverses privations et de la pauvreté. Les marques de tristesse et de mal vivre à l’intérieur de ces derniers apparaissent de manière flagrante par rapport à leur environnement direct. Ces ghettos de ciments (constructions précaires et non en durs) accolées les unes aux autres, sans aucuns respects des normes minimales de salubrité et d’urbanité (comme déjà dit) forment un lieu inapproprié à l’habitation et n’offrent même pas un minimum de décence satisfaisant, pour abriter une vie humaine digne de ce nom.

L’intérieur est conçu de façon anarchique avec le croisement de ruelles et la juxtaposition de chemins et d’impasses sans aucune harmonie, privés d’infrastructures vitales (eau, électricité, gaz, canalisations d’évacuation des eaux usées, etc.). L’absence de plans et d’architectures organisés a rendu le déplacement difficile à l’intérieur des camps. De même, la lumière du jour et l’ensoleillement ont du mal à passer dans ces lieux exigus, puis la promiscuité rend encore les stigmates de la tristesse et de la pauvreté plus flagrant de tout point de vue (qualitatif et quantitatif).

La situation reste dramatique dans les camps, avec ces espèces de « favelas » clairsemées de partout et malgré l’effort de reconstruction des camps palestiniens du Liban par l’UNRWA depuis 2011 et jusqu’au terme de l’année 2015. Ce programme vise à reconstruire et/ou à rénover environ 5000 maisons dans l’ensemble de ces camps. Mais, malgré l’importance de ces projets, cela ne résout pas en profondeur la crise du logement. Puis, un financement suffisant de ces projets reste indisponible de suite, mais il est réparti sur plusieurs périodes et par étape.

Là encore, l’UNRWA a mis en place de nouveaux mécanismes d’attribution, dénommés « le programme self help » basé sur l’évaluation et la fixation d’un montant par maison arrêté par le service de l’architecture et des affaires sociales de l’UNRWA, sous réserve d’engagement du bénéficiaire propriétaire de la maison de faire les travaux de construction ou de rénovation, en se conformant aux critères et aux conditions (im)posées par ce service.

Ainsi, ce sont 1500 logements de la plupart des camps du Liban qui se sont vues imposées ces nouvelles règles de l’UNRWA. Un autre ensemble de projets de construction d’infrastructures a vu le jour dans quelques camps de réfugiés, sous l’égide de l’UNRWA, tels que : dans le camp de « Aïn El Hilwé » pour la réforme sanitaire et l’eau, ou le camp de « Errachidiya » avec le projet de l’eau potable, reproduit également dans le camp de « Borj El Barajneh ». Il est prévu le financement de quelques autres projets à réaliser au cours des prochaines années.

Malgré l’importance réelle de ces projets, il demeure important de souligner et de mettre l’accent sur un certain nombre de vices et de manques qu’il convient de résumer à travers ce qui suit :

- le gaspillage dans le fonctionnement de l’administration qui détourne inutilement une grande partie de ces sommes versées aux projets : un exemple illustrant cette situation est celui du développement et la restructuration du camp « Errachidiya ».

- les critères appliqués pour les constructions de maison ne sont pas uniformisés et les mêmes pour tous, ce qui a donné lieu à des vagues de protestations pour réviser bon nombre de décisions.

- absence total du contrôle des ingénieurs de l’UNRWA dans l’exécution et la réalisation des projets, surtout ceux relatifs à l’infrastructure et à l’eau.

- engagement pour ces projets des sociétés libanaises à des coûts excessifs, qui sous-traitent à leurs tours l’exécution des travaux pour ces projets à moindres coûts et sans avoir la garantie que ces entreprises sous-traitantes aient le matériel nécessaire et les machines qu’il faut pour la réalisation de ces projets. A l’évidence, cela se fait au détriment de l’exigence de la qualité et des conditions demandées pour la réalisation des travaux. Encore un exemple qui illustre cet état de fait : le camp de « Aïn El Hilwé ».

- l’hégémonie imposée par certaines parties et forces « du fait accompli » présentes dans les camps qui exercent une pression sur les fonctionnaires de l’UNRWA et les entrepreneurs en les rançonnant pour permettre d’engager dans les chantiers leurs proches ou leurs partisans, faute de quoi ces entreprises n’ont pas la possibilité de travailler dans les camps, ou n’obtiennent pas le marché…Tout cela a lieu au détriment de la qualité des réalisations des projets et avec d’énormes opérations de détournement des fonds.
- l’apparition de quantités de maisons nécessitant des travaux de construction et/ou de rénovation et qui n’ont pas été retenues selon les critères de l’UNRWA, ce qui a conduit à la chute de leurs plafonds et destruction sur les têtes de leurs habitants ; exemples : la maison de Walid EL ALI au camp de « Aïn El Hilwé », la maison de Abu Khaled KORDIA à la cité de SAFFOURIA, cité ESSAFSAF, la maison de Mohamed EL YOUSSEF dans la cité de ETTAÏRA, etc.

Après les inondations de 2013, qu’avait connues le camp de « Dhabia », les habitants réfugiés palestiniens de ce dernier ont tenté de reconstruire et de réparer la plupart de leurs maisons dont les effets et équipements ont été noyés sous l’eau. La situation de l’époque a obligé les habitants à dresser des tentes de fortunes au-dessus des toits qui ont résisté, tout en tentant de conserver avec précision la superficie initiale de leur maison, sans aucun nouveau rajout. Mais, malgré cela, les habitants de ce camp victime des inondations ont été surpris par une décision du Maire de « EL MATEN » qui leur demandait d’enlever et de détruire ces constructions ou installations de fortune (en zinc et autres minéraux). Pour les obliger à le faire, le camp a été investi par les forces de sécurité intérieure appuyées par des unités de police municipale de cette localité. Mais les habitants ne se sont pas laissés faire et ont bloqué l’entrée des engins des forces de sécurité en essayant de les empêcher et de retarder leur avancement dans le camp, chose qui a contraint les forces de sécurité à négocier avec les réfugiés palestiniens de ce camp et à trouver une solution satisfaisante.

Et ce n’est qu’après plusieurs rencontres où l’UNRWA est intervenue ainsi que les forces palestiniennes qu’une solution plus définitive a été trouvée, auprès du Ministre de l’Intérieur de l’époque : Marwan CHARBEL. Ainsi, l’UNRWA a réglé le problème en régularisant et en clarifiant l’ambiguïté et le flou juridique existant sur cette question entre elle et le responsable maronite de la localité sur laquelle se trouve le camp des palestiniens, au niveau du cadastre.

5) LA CRISE RENOUVELEE DU CAMP DE « NAHR EL BARED » :

Il n’y a pas eu de changement ou d’évolution positive en 2015, au niveau de la population habitant le camp de « Nahr El Bared ». Bien au contraire, la situation a beaucoup régressé et ceci pour les raisons suivantes :

A ce jour, il reste plus de 50% des habitants du camp de réfugiés palestiniens « Nahe El Bared » au Nord Liban, qui vivent dans des conditions déplorables, car ils n’ont pas encore intégré leurs maisons qui ont été entièrement détruites lors des événements sanglants de 2007.

Certains réfugiés qui ont fui ce camp habitent encore dans des garages ou dans des constructions de fortune en zinc et tôles métalliques autour du camp, que l’UNRWA avait installé à l’époque pour tarir les flux d’exode des populations civiles palestiniennes fuyant les bombardements. D’autres réfugiés victimes de cette catastrophe ont été amenés à louer des logements dont le loyer dépasse l’aide accordée par l’UNRWA (cette aide ne dépasse pas les 150 dollars USD). Pour le reste, cette institution poursuit la construction de ses groupes et ensembles de « mobil hommes » (des fois en terre et paille) qu’elle a commencé à mettre en place au début des destructions qui ont touché le camp. Seulement, aujourd’hui, les financements ne suffisent plus pour reloger tout le monde…

Ces derniers temps, les financements UNRWA se sont arrêtés par le fait des abstentions et votes négatifs des Etats fournisseurs pour couper les vivres et détourner leurs lignes financières en les transférant au financement de la crise syrienne et autres, même lorsque des fonds existent en plus.

Conséquences de cette situation d’urgence connue en Syrie et la réduction de tous les services et prestations que présentait l’UNRWA aux palestiniens du camp « Nahr El Bared » tels que dans les domaines : médical, aides et secours, social, logement, etc. ; ce qui a contraint les réfugiés habitant ce camp de manifester auprès de l’UNRWA, d’organiser des sitt’ in et d’occuper ses bureaux durant plusieurs mois.

En revanche, les efforts fournis de part et d’autres afin de résoudre la crise ont abouti aux résolutions suivantes :

L’arrêt de l’aide sociale uniquement pour tout réfugié qui a réceptionné un nouveau logement et qui ne souffre pas de problèmes de santé.

L’arrêt du paiement de l’équivalent du loyer à tous ceux qui n’ont plus de loyers à régler, car devenus propriétaires de nouveaux logements.

La poursuite de la couverture médicale et des remboursements des soins de catégorie 2 à 100%, pour tous les réfugiés habitants du camp, à l’instar de ce qui passe pour les autres camps de réfugiés palestiniens du Liban. Quant aux bénéficières du programme d’hospitalisation de niveau 3, leur nombre a augmenté et a atteint 60 à 70%, dans certains hôpitaux limités.

La continuité de la prise en charge totale par l’UNRWA des malades dialysés.

6) LA CRISE SYRIENNE : UNE PRESSION SUPPLEMENTAIRE SUR LES REFUGIES PALESTINIENS AU LIBAN :

En 2013, l’UNRWA a continué, de façon irrégulière certes, à fournir des aides et des services aux réfugiés palestiniens en provenance de Syrie. Au début de 2013, le nombre des palestiniens, fuyant les hostilités en Syrie pour s’installer au Liban, a atteint 93 000 réfugiés, puis il s’est tari progressivement pour atteindre les 53 000 réfugiés à la fin de la même année. Ces prestations et services dispensés en leur direction par l’UNRWA ont consisté en l’octroi de : aides alimentaires, vestimentaires, abris, ou autres matérielles, ou/et en nature… De temps à autre, cette institution fournit des aides financières aux réfugiés palestiniens selon les ressources restantes et fonds que l’UNRWA arrive à collecter des pays pourvoyeurs et/ou donateurs.

Afin de faciliter l’application du programme d’aides et de services aux réfugiés palestiniens, l’UNRWA a préconisé les étapes suivantes : Faire un recensement de tous les réfugiés de chaque camp et leur établir des cartes bancaires magnétiques leur permettant de retirer de l’argent directement dans les banques.

Faire de sorte que les étudiants et élèves suivent les cours dans ses écoles, tout en les rattachant aux camps et régions desquelles ils sont issus. Selon le nombre ou les effectifs de ces étudiants, certains parmi eux ont été intégrés aux cours avec d’autres étudiants palestiniens du Liban, tandis que d’autres leur ont été ouvertes des sessions spéciales pour les accueillir l’après-midi. Pour ce faire, l’UNRWA a passé des contrats avec les enseignants, moyennant un financement allant jusqu’à 1000 dollars/enseignant.

L’UNRWA a procédé à la poursuite et à l’achèvement des travaux de rénovation et de construction des maisons détruites dans les camps, afin d’accueillir au moins une partie des familles dans ces immeubles. Cependant, ceux pour qui on n’a pas trouvé de solutions de cette nature et ils représentent une majorité, ils ont recouru soit à la location de logement quand cela est possible, soit à la location de garages pour les abriter, soit enfin à dresser des tentes, pour se loger, sur certains terrains des stades ou des places publiques à l’intérieur des camps.

En ce qui concerne le médical et l’accès aux soins, l’UNRWA offre les mêmes services, que les réfugiés palestiniens du Liban, aux réfugiés palestiniens qui sont venus de Syrie. C’est-à-dire qu’elle les accueille dans ses centres et dispensaires dans les camps. Elle leur procure également la même couverture pour les remboursements des soins, ne dépassant pas les 50% dans les cas relevant d’une hospitalisation de catégorie 3. De fait, les familles palestiniennes venant de Syrie se trouvent également en difficulté pour compléter la partie des coûts des soins restant à leur charge, surtout qu’elles n’ont pas la possibilité de travailler au Liban. Leurs seules ressources proviennent des aides et dons qu’elles arrivent à recevoir de la société civile et associations ; mais face à la cherté de la vie et à l’augmentation des coûts des soins au Liban, la plupart de ces familles est amenée à un stationnement devant les mosquées et sièges d’associations caritatives pour demander de l’aide et du secours.

Enfin, la situation syrienne n’a pas arrangé les choses. Bien au contraire, l’augmentation du nombre de réfugiés palestiniens venant de la Syrie a créé une véritable nouvelle crise de logements dans les camps palestiniens du Liban, en plus de la pression exercée sur la répartition des prestations et services de l’UNRWA qui sont déjà en diminution. Il en est de même pour les autres services tels que les cabinets médicaux ouverts, la propreté et le ramassage des poubelles, la fourniture en eau, gaz et électricité, etc. qui atteignent un seuil de saturation, car ils sont prévus essentiellement au départ pour un nombre de réfugiés limités aux habitants originels des camps du Liban.

CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

1°/ L’Etat Libanais :

Il importe que l’Etat libanais veille au respect de ses engagements internationaux à l’égard du Palestinien présent sur son territoire, en modifiant les textes de lois et décisions qui s’opposent au texte droit international accordé aux palestiniens et à la charte des droits de l’homme et en particulier :

1- Permettre au Palestinien d’accéder à la propriété, en abrogeant la loi n° 2001-296, ce qui autoriserait les palestiniens à posséder un bien.

2- La modification et l’abrogation de certaines lois du travail, notamment dans le secteur privé tels que : la médecine, la pharmacie, l’architecture, ingénieur, avocat et autres, afin de permettre à tout palestinien souhaitant exercer ces métiers de le faire en toute légalité au Liban.

3- Changer la loi sur la Sécurité Sociale, afin de permettre aux salariés, employés ou fonctionnaires palestiniens de bénéficier de cette Caisse de façon aussi complète que les autres allocataires et au même titre que les libanais.

4- Prendre les décisions permettant l’augmentation des superficies des camps de réfugiés, tenant compte de la croissance de leur population, en coordonnant son action avec l’UNRWA, dans ce domaine.

5- Régularisation de la situation des sans-papiers et de ceux qui ont perdu leurs documents d’état civil dans leurs exodes successifs, afin de permettre leur accès au droit civil et personnel.

6- Accélérer le jugement des prisonniers palestiniens arrêtés depuis plus de 7 ans, sans aucun procès ; ou procéder à leur relaxe, selon une amnistie générale, avec un dédommagement des préjudices subis…

7- Considérer les réfugiés palestiniens venant de Syrie, en raison de la crise actuelle, comme de véritables réfugiés et non comme migrants arabes. De même, il importe de supprimer toute pression sur eux et textes interdisant leur déplacement au Liban.

2°/ L’UNRWA :

en sa qualité de délégataire pour secourir et trouver de l’emploi aux réfugiés palestiniens : Plusieurs axes s’avèrent prioritaires :

1- La construction d’un hôpital réservé aux palestiniens au Liban.

2- La construction d’une Université palestinienne gratuite pour les étudiants palestiniens au Liban.

3- La nécessité de l’augmentation des services et de l’amélioration de leurs qualités, pour les réfugiés palestiniens, dans tous les domaines et en particulier : celui de la santé et celui de l’éducation.

4- Déterminer les priorités dans les besoins des réfugiés et veiller à les couvrir.

5- Nécessité de veiller à créer des opportunités de travail pour les réfugiés palestiniens au Liban, et de réduire le recours à des travailleurs étrangers.

6- Nécessité d’augmenter les bourses universitaires à la hauteur du nombre d’étudiants qui réussissent chaque année et de généraliser les aides pour qu’elles touchent tous les étudiants, sans conditions (ni de moyennes supérieures, ou autres), avec la recherche de nouveaux mécanismes spécifiques aux étudiants de hauts niveaux (lauréats).

7- Nécessité d’instruire et de gérer les aides avec méthode, ce qui permet d’exploiter les fonds accordés avec le plus d’efficacité possible.

8- Nécessité de terminer et de clore le dossier du camp Nahr El Bared, sur le plan de la réalisation de tout ce qui a été prévu au calendrier, ainsi que d’apporter des réponses aux besoins des habitants du camp jusqu’à leur retour dans leurs maisons.

9- Nécessité de développer la section de la protection juridique et l’extension de son travail pour qu’elle offre l’aide juridique indispensable aux réfugiés dans tous les domaines.

10- Assurer des aires sécurisées réservées aux enfants dans les camps.

3°/ L’O.L.P. :

1- La nécessité d’œuvrer pour la mise en place d’une instance ou autorité palestinienne unique qui permettrait de suivre tous les dossiers des réfugiés palestiniens avec la partie Libanaise.

2- La nécessité de procurer des ressources financières suffisantes pour soutenir et faire évoluer les hôpitaux et différentes institutions du Croissant Rouge Palestinien au Liban.

3- La nécessité de soutien, aide financière et politique à la Caisse des Etudiants Palestiniens, pour qu’elle continue qu’elle continue à aider tous les étudiants palestiniens au Liban et leur fournir différents services…

4- La nécessité de modifier le statut de la Caisse des Etudiants Universitaires détenue par le Président de l’Autorité Palestinienne ABU MAZEN en une institution nationale officielle et publique faisant partie des institutions de l’OLP et au service de tous, afin de garantir sa pérennité.

5- La nécessité de mettre en œuvre une procédure d’attributions transparente pour l’institution des garanties médicales (sécurité sociale) palestinienne, afin de couvrir une partie au moins des frais de soins à tous les réfugiés palestiniens au Liban.

6- La nécessité de s’occuper prioritairement du dossier du camp de Nahr EL Bared et d’en discuter avec les pays pourvoyeurs de fonds engagés, pour finir les étapes prévues à sa reconstruction et permettre le retour de ses habitants qui ont dû le quitter.

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Auteurs du Rapport National sur les Camps du Liban (version Arabe) :

*Collectif des Responsables du Camp Palestinien de MARR ELIAS, sous la direction de Souheil NATOUR (chercheur-juriste)

–Beyrouth – LIBAN

*Responsables F.D.L.P. (Front Démocratique de Libération de la Palestine)

Traduction en Français du Rapport par :

Kamel CHENOUFI

Université Lumière Lyon II

Faculté des Sciences Sociales & Anthropologie

ISPEF- Sciences de l’Education

(Lyon/Septembre 2015)

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