Accueil du site > Dossiers > Israël Apartheid > Interdite dans les locaux de l’I.E.P de Lyon, la conférence d’ (...)

La conférence d'Ivar Ekeland s'est tenue sur les quais de Rhône ! Interdite dans les locaux de l’I.E.P de Lyon, la conférence d’ Ivar Ekeland a bien eu lieu ... mais sur les quais de Rhône !

lundi 24 mars 2014, Par Le Collectif 69

Scandaleux ! Le Directeur de L’I.E.P (Institut d’Etudes Politiques) de Lyon interdit une conférence d’ Ivar Ekeland intitulée « Les relations universitaires franco-israéliennes : enjeux et perspectives » au motif que ce thème est jugée "potentiellement conflictuelle" ....

Les organisateurs (Génération Palestine et le Meg) ont maintenu cette conférence qui s’est tenue dans le cadre de l’"Israeli apatheid week" ce mardi 25 mars sur les quais du Rhône, au niveau du pont de l’Université !

Ivar Ekeland à Lyon le 25 mars 2014


Ivar Ekeland est un mathématicien français d’origine Norvégienne. Il est président honoraire du conseil scientifique de l’ENS et de Paris-Dauphine ; Il a reçu le Prix D’Alembert et le prix Jean Rostand. Il est membre de l’ Academy Norvégienne des Sciences et des Lettres.

Il est aussi le Président de l’AURDIP (Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine).

Sources Wikipedia

Ivar Ekeland


Lire le communiqué de Philippe Corcuff , sociologue et maître de conférence à l’IEP de Lyon sur l’interdiction de la conférence


Cessons de pénaliser le boycottage d’Israël

( LE MONDE | 25.03.2014 à 15h40 | Par Ivar Ekeland, Rony Brauman, Ghislain Poissonnier

En tant que consommateur citoyen, je n’achète pas de produits israéliens tant qu’Israël ne respectera pas le droit international ; j’appelle aussi mes concitoyens à faire de même afin de faire pression sur Israël pour qu’il démantèle le mur de séparation et les colonies. » Pour avoir tenu de tels propos dans la rue ou dans des commerces, pour les avoir écrits dans des magazines ou sur Internet, près d’une centaine de personnes sont traduites en France devant les tribunaux. Il s’agit de membres d’associations qui soutiennent la campagne « Boycott-désinvestissement-sanctions » (BDS). Ces personnes sont poursuivies par les procureurs en vertu d’un texte interne au ministère de la justice adopté le 12 février 2010, dite circulaire Alliot-Marie, garde des sceaux de l’époque.

La circulaire ordonne aux parquets de poursuivre pénalement les personnes qui appellent au boycottage des produits israéliens. Elle affirme, sans le démontrer, que l’article 24 alinéa 8 de la loi de 1881 sur la presse permettrait de réprimer les appels lancés par des citoyens ou des associations au boycottage de produits issus d’un Etat dont la politique est contestée. Ce texte interprète la loi de manière extensive, en contradiction avec la règle de l’interprétation stricte des lois pénales.

En effet, l’article 24 alinéa 8 de la loi de 1881 ne s’attache pas à interdire les appels au boycottage, mais uniquement les provocations « à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

USAGE DÉTOURNÉ DE LA LOI

La circulaire Alliot-Marie a été critiquée par le monde associatif au nom de la liberté d’expression. Mais également par de nombreux juristes, universitaires, avocats et magistrats, en raison de son contenu qui procède à un usage détourné de la loi prévue pour lutter contre les propos racistes et antisémites. Des procureurs ont même refusé de requérir oralement la condamnation des militants de la campagne BDS, en dépit des instructions écrites de leur hiérarchie.

La cour d’appel de Paris a prononcé en 2012 des relaxes, considérant que les propos tenus relevaient de la critique pacifique de la politique d’un Etat. La Cour européenne des droits de l’homme, quant à elle, rappelle très régulièrement que les groupes militants bénéficient sur des sujets politiques d’une protection renforcée de leur liberté d’expression. Christiane Taubira a même déclaré publiquement à plusieurs reprises que cette circulaire contenait une interprétation de la loi qui pouvait être considérée comme « injuste » ou « abusive ».

L’ensemble de ces éléments et le changement de majorité politique permettaient de penser que la prise de conscience du caractère absurde de cette situation allait se traduire en acte. Or, la circulaire Alliot-Marie de 2010 est toujours en vigueur et les poursuites pénales contre des militants de la campagne BDS continuent. Ce faisant, la France se singularise en Europe et dans le monde : elle est le seul Etat, avec Israël, à envisager la pénalisation d’une campagne pacifique et citoyenne, demandant le respect du droit international. Campagne pacifique en ce sens que les actions d’appel au boycottage organisées consistent en des mesures incitatives, qui se limitent à faire appel, par la diffusion d’informations, à la conscience politique des consommateurs. Aucune forme de contrainte n’est exercée ni à l’égard des clients et des distributeurs français, ni à l’égard des producteurs israéliens. En France, l’appel au boycottage, forme d’action politique non violente, s’inscrit dans le débat politique républicain depuis des décennies.

PAS UNE INCITATION À LA DISCRIMINATION

Mme Taubira l’a même qualifié de « pratique militante, reconnue, publique » et admet l’avoir encouragé en son temps contre les produits sud-africains, dans le cadre d’une campagne internationale que personne n’avait alors envisagé d’interdire.

Campagne citoyenne en ce sens qu’elle repose sur une mobilisation des sociétés civiles. La campagne BDS a été engagée en 2005 à la demande de 172 associations et syndicats palestiniens. Elle appelle les sociétés civiles du monde entier à se mobiliser pour que leur gouvernement fasse pression sur l’Etat d’Israël.

En France, de nombreuses associations ont rejoint l’appel lancé en 2005. Les actions qu’elles conduisent dans le cadre de cette campagne se situent au cœur de la liberté d’expression et d’information des citoyens français sur un sujet international. Ces actions ne consistent pas à discriminer les citoyens israéliens : elles visent à boycotter les institutions et les produits d’Israël en vue de faire changer une politique d’Etat.

Campagne pour le respect du droit international enfin, dans la mesure où le but recherché est d’obtenir le respect des résolutions des Nations unies et la fin des politiques déclarées illégales par l’avis du 9 juillet 2004 de la Cour internationale de justice de La Haye que sont la construction du mur de séparation et la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La mobilisation des sociétés civiles est rendue indispensable, car la plupart des Etats n’ont rien fait ou presque pour pousser Israël à se conformer à l’avis de la Cour, notamment en prenant des mesures de sanctions pour que le mur et les colonies soient démantelés.

Rien n’est plus faux que de laisser entendre que la campagne BDS puisse être raciste ou antisémite. Cet amalgame relève de la même rhétorique que celle parfois utilisée dans les années 1970 et 1980 contre les militants anti-apartheid comparés à d’irresponsables marxistes-léninistes ou à des racistes anti-Blancs. Aucun des militants de la campagne BDS poursuivis depuis 2010 en vertu de la circulaire évoquée ne l’a d’ailleurs été pour avoir tenu des propos ou commis des actes racistes et antisémites. Il est temps de procéder à l’abrogation de la circulaire Alliot-Marie.

Ivar Ekeland, président de l’Association universitaire pour le respect du droit international en Palestine ; Rony Brauman, médecin, essayiste ; Ghislain Poissonnier, magistrat

Ivar Ekeland Rony Brauman Ghislain Poissonnier


Ci-dessous le communiqué de Génération Palestine :


"Thématique potentiellement conflictuelle" nous ont-ils dit. 18 mars 2014, 19:36

Nous sommes au mois de mars et comme chaque année, l’Israeli Apartheid Week (IAW) se tient avec l’organisation d’une série d’événements à travers le monde. Cette campagne internationale annuelle vise à démontrer que l’Etat israélien repose sur un système d’apartheid opprimant le peuple palestinien. Que se passe-t-il en France ? Dans ce pays qui se vante de faire jouir pleinement ses citoyen-ne-s de toutes les libertés fondamentales et qui aime se présenter comme le « pays des droits de l’Homme », ce même pays qui incite d’autres à suivre son modèle démocratique et à prendre la parole au nom de la liberté d’expression, nous avons été censuré-e-s.

L’histoire se répète ; déjà à Lyon, le 2 mars 2012, avec nos intervenants Mbuyiseni Ndlozi et Wassim Ghantous venus respectivement d’Afrique du Sud et de Palestine, nous nous retrouvions à la rue où nous donnions coûte que coûte notre conférence « Israël : un Etat d’apartheid ? ». L’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Lyon, qui s’était engagé à nous prêter ses locaux pour le 2 mars le temps de notre conférence, avait cédé à des pressions (dont nous ne savons toujours pas, au jour d’aujourd’hui, d’où elles venaient) en décidant d’évacuer ses propres étudiant-e-s de ses locaux et de fermer l’institut sans même daigner nous prévenir.

Malgré tout, nous avons une nouvelle fois tenté cette année de faire une demande officielle de salle à l’IEP pour une conférence avec Ivar Ekeland, mathématicien réputé, ex-Président de l’université Paris-Dauphine et président de l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP). Après un long échange de mails, l’IEP a décidé de refuser d’accueillir notre conférence intitulée « Les relations universitaires franco-israéliennes : enjeux et perspectives ». Motif de ce refus ? « La thématique est jugée potentiellement conflictuelle ».

Cette interdiction et le motif qui l’accompagne sont incompréhensibles. Que peut donc bien sous-entendre l’emploi de l’expression « thématique conflictuelle » ? L’IEP n’ayant à ce jour pas daigné répondre à cette question, nous nous hasardons à proposer ici notre propre analyse.

- Soit il renvoie à un trouble potentiel à l’ordre public, un motif qui seul justifie l’interdiction d’une conférence. Cependant, nous avons rappelé à la direction de l’IEP que deux conférences organisées dans le cadre de l’IAW ont pu se tenir sans heurts au début du mois de mars. L’une s’est déroulée à l’université Paris 8, tandis que la seconde, intitulée « Apartheid israélien et luttes palestiniennes », s’est tenue à Sciences Po Paris. L’IEP de Lyon lui-même avait accueilli dans ses locaux une conférence intitulée « Palestine : étudier et enseigner sous la colonisation » que nous avions organisée en octobre 2013. Des dizaines d’autres conférences de ce type se tiennent régulièrement dans les universités françaises depuis plusieurs années, sans qu’il n’y ait eu à déplorer de « troubles à l’ordre public ».

- Soit il insinue que l’organisation d’une conférence ayant pour thème la colonisation israélienne en Palestine et le rôle des universités françaises face à cette situation provoquerait un débat qui risque d’opposer des avis potentiellement contradictoires et de fournir une réflexion critique sur l’Etat d’Israël. Or, nous avons ici la définition même d’un débat, qu’une université se doit d’encourager afin d’aboutir à la formation d’esprits informés et critiques sur tout ce qui s’est passé et se passe dans le monde. Mais le cadre universitaire ne semble plus être l’espace d’analyses, de débats et de constructions politiques qu’il devrait être.

Est-ce qu’étudier le politique doit se limiter à une analyse froide et utilitariste des faits, des dates et des intérêts de chaque protagoniste ? Ou est-ce que c’est réfléchir de manière critique à la pertinence et la légitimité de ces faits, dates et intérêts ? Est-ce que c’est analyser et parler d’hommes politiques, de partis et d’Etats, ou est-ce que c’est aussi savoir se placer du point de vue des peuples qui les subissent, les suivent ou les rejettent ?

La direction de l’IEP nous a aussi proposé de les rencontrer pour « en parler plus en détails ». Mais nous ne voulons plus discuter avec les censeurs. Nous avions déjà rencontré le directeur de l’IEP en mars 2012 après avoir été contraint-e-s de faire notre conférence en pleine rue. Cela ne nous avait rien apporté et n’avait rien changé. Pour preuve : deux ans après nous sommes à nouveau censuré-e-s.

Il est intéressant de noter que l’IEP propose depuis plusieurs années un diplôme spécialisé sur le monde arabe contemporain, dans lequel le processus historique de colonisation de la Palestine par Israël est abordé. En outre, l’IEP n’a jusqu’à présent aucun partenariat avec une université israélienne. Au contraire, il a entretenu pendant plus de cinq ans un jumelage avec l’université palestinienne de Birzeit, en Cisjordanie. Ces faits paraissent contradictoires au regard de l’interdiction de notre conférence. En effet, ils indiquent que la direction de l’IEP a une connaissance particulièrement poussée de la situation vécue par les Palestinien-ne-s. Ce n’est donc pas par ignorance mais bel et bien par un choix délibéré que la conférence a été interdite. Nous ne pensons pas que ce choix de la part de la direction de l’IEP est guidé par un quelconque « pro-sionisme », mais plutôt par conformisme, par lâcheté et par peur de se voir catégorisé « anti-israélien ». Ce mal semble répandu au sein des universités françaises, dressant en véritable tabou toute réflexion critique sur la situation en Israël/Palestine qui pourrait servir de base à un engagement politique.

A présent, il s’agit moins de crier contre une censure que de s’organiser pour continuer à diffuser cette dénonciation qui dérange tant les défenseurs du sionisme.

Oui, l’Etat d’Israël est un Etat d’apartheid et la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) est un des outils dont le mouvement de solidarité peut se saisir pour soutenir les Palestinien-ne-s. Le système universitaire israélien participe pleinement à la politique coloniale d’Israël ; c’est pourquoi la campagne BDS s’est dotée d’un volet sur les coopérations universitaires entre Israël et le reste du monde.

Oui, en se liant avec des universités israéliennes, les universités françaises soutiennent la colonisation de la Palestine, elles participent à banaliser, à normaliser les relations avec la force occupante. A partir de là, l’université est un espace légitime d’engagement et de lutte.

Oui, il ne s’agit pas seulement d’analyser de manière détachée le régime d’apartheid israélien mais bien de construire une réflexion politique propre à porter une solidarité concrète avec le peuple palestinien. Nous ne voulons pas être des « experts » dont les recherches servent d’abord les dominant-e-s, nous voulons produire des savoirs dont nous pourrons nous saisir nous-mêmes pour agir politiquement.

La lutte continue.

- pour l’auto-détermination du peuple palestinien et le droit au retour.

- contre l’apartheid israélien et le racisme d’Etat dans nos sociétés.

- contre les systèmes coloniaux, en Palestine comme ailleurs.

Génération Palestine Lyon

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0