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Paypal, Roue de secours d'Israël ,PayPal censure les journalistes qui critiquent Israël

jeudi 2 août 2018, Par Le Collectif 69

Paypal, sans explications avait fermé le compte du collectif 69 Palestine (lire le communiqué ici), après avoir fair de même avec l’AFPS, l’UJFP, la campagne BDS-France, cette fois, Paypal pratique la censure en fermant le compte d’une agence de journalisme en France : l’Agence Média Palestine !

Lire ci-dessous l’article paru sur The Electronic Intifada et traduit par l’Agence Média Palestine.

PayPal censure les journalistes qui critiquent Israël

Ali Abunimah – The Electronic Intifada – 25 juillet 2018

Un agent de la campagne mondiale de censure que conduit Israël reconnaît avoir amplifié ses allégations d’antisémitisme dans le but d’ourdir des mesures drastiques contre celles et ceux qui défendent les droits des Palestiniens.

Dans cet exemple le plus récent, Benjamin Weinthal a apparemment réussi à persuader PayPal de fermer le compte de la publication en ligne Agence Média Palestine.

Cet acte constitue une censure car il refuse à des journalistes les moyens de recueillir des fonds pour faire leur travail, et il exerce des représailles à leur encontre pour les idées qu’ils expriment.

L’Agence Média Palestine fait savoir qu’elle envisage d’intenter une action en justice.

Weinthal présente ses initiatives comme étant un reportage pour The Jerusalem Post sur les actions d’entreprises comme PayPal, mais en réalité, il s’agit d’une incitation à prendre des mesures drastiques en alimentant une information – de son propre aveu, dénaturée – sur ceux qu’il cible.

Weinthal est « chercheur universitaire » à la Fondation pour la défense des démocraties, un groupe néoconservateur américain qui travaille en étroite collaboration avec le gouvernement israélien, et qui a tenté de nuire au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions pour les droits des Palestiniens en le disant lié au Hamas et à l’Iran.

Dans une conversation en 2018, dévoilée ici pour la première fois, sur les activités du lobby israélien en Europe, Weinthal explique de quelle façon il persuade des politiciens de sévir contre ceux qu’il prétend être des antisémites en raison de leurs critiques d’Israël.

« Il vous faut exagérer pour faire passer ces idées, car ils ne comprennent pas ce qu’est l’antisémitisme contemporain, pour beaucoup d’entre eux », explique Weinthal.

Tout en admettant que de telles pratiques diffamatoires constituent une part nécessaire de son travail, Weinthal s’attribue le mérite d’avoir fait interdire les journalistes Max Blumenthal et David Sheen au Bundestag, le parlement allemand, en 2014.

Weinthal décrit comment il a envoyé du « matériel » au responsable du Parti des Verts allemands, Volker Beck, qui décrit Blumenthal – d’origine juive – comme étant Horst Mahler, un ancien militant de gauche qui est devenu nazi.

Weinthal explique aussi comment il a contacté Paypal et les banques qui fournissent des services à la société civile et aux groupes de défense des droits de l’homme, dans le but de faire pression sur eux afin qu’elles clôturent leurs comptes.

Il indique que son travail prend pour cible des groupes civiques à travers la France, l’Allemagne et l’Autriche.

Une enquête secrète

The Electronic Intifada a vérifié de façon indépendante les déclarations de Weinthal recueillies lors d’une enquête secrète d’Al Jazeera sur les activités du lobby israélien aux États-Unis.

Le film d’Al Jazeera de cette enquête reste encore à être diffusé en raison de la censure ordonnée par les dirigeants du Qatar – qui finance et héberge le réseau – sous la pression intense du lobby israélien.

En mars, The Electronic Intifada a publié exclusivement les détails du contenu de ce film non diffusé.

Le documentaire révèle que la Fondation pour la défense des démocraties, où Weinthal est chercheur associé, a fonctionné comme un agent du gouvernement israélien, alors même qu’elle n’était pas habilitée à agir à ce titre comme l’exige la loi des États-Unis.

Sima Vaknin-Gil, directrice générale du ministère des Affaires stratégiques d’Israël, a affirmé à l’État que la Fondation « travaille » sur des projets pour Israël, incluant « la collecte de données, l’analyse de l’information, un travail sur les organisations militantes, le cheminement de l’argent ».

« Nous avons la FDD, » dit Vaknin-Gil, en appelant le groupe par ses initiales. « Nous en avons d’autres qui travaillent là-dessus ».

La censure par PayPal

L’Agence Média Palestine est un site internet qui publie des articles en français sur la Palestine, dont beaucoup sont des traductions de sources en d’autres langues, et notamment de The Electronic Intifada.

Parmi celles et ceux qui la soutiennent figurent d’éminentes personnalités, comme le regretté auteur et rescapé des camps de concentration Stéphane Hessel, le cinéaste Eyal Sivan, et la militante des droits humains, Mireille Fanon-Mendès-France.

Le 12 juillet, l’Agence Média Palestine a reçu un courriel du Département chargé de la gestion des risques pour l’image de PayPal, courriel qui déclarait :

« Nous avons récemment examiné votre utilisation des services de PayPal, telle que reflétée dans nos dossiers et sur votre site http://www.agencemediapalestine.fr. En raison de la nature de vos activités, nous avons choisi de cesser de vous fournir le service, conformément à l’accord de l’utilisateur de PayPal ».

L’email ne donne aucun détail sur les violations présumées des conditions de PayPal pour son service, qui permet aux utilisateurs du monde entier de s’envoyer de l’argent facilement à moindres frais.

Du fait de sa position dominante sur le marché, il existe peu d’alternatives à PayPal. Cela rend la vie particulièrement difficile pour les Palestiniens dans la Cisjordanie et la bande de Gaza occupées, eux qui, contrairement aux colons israéliens, n’ont aucun accès aux services de l’entreprise.

Et cela rend la vie difficile aussi pour les journalistes ou militants des autres pays qui se trouvent eux-mêmes ciblés par les actions arbitraires de cette entreprise.

Le 16 juillet, l’Agence Média Palestine répond à PayPal, affirmant : « Nous sommes une ONG française (organisation non gouvernementale), dûment enregistrée en France, basée à Paris, agissant au sein de la société française dans le strict respect des lois et règlements français ».

Le site demande à PayPal : « Expliquez clairement quelle est l’activité qui soulève vos objections, et sur quelle base légale ».

Pas de réponse de PayPal.

Dans une autre réponse à PayPal, vue par The Electronic Intifada, l’Agence Média Palestine accuse l’entreprise d’ « acte arbitraire », ajoutant qu’elle « ne pouvait pas ignorer les liens existant entre PayPal et le propagandiste d’extrême droite Benjamin Weinthal ».

L’Agence Média Palestine déclare qu’à moins que PayPal ne justifie son action, le site « se réserve le droit d’intenter une action en justice ».

Le site ajoute qu’il pourrait monter « une campagne d’information sur cet acte discriminatoire au profit d’un État qui vient juste d’adopter une loi d’apartheid », faisant référence à la récente loi constitutionnelle d’Israël élevant les droits des juifs au-dessus de ceux des autres citoyens.

En réponse à une demande de renseignements de The Electronic Intifada, un porte-parole de PayPal déclare dans un courriel ce mardi : « Nous ne fournissons pas d’informations sur l’état des comptes, conformément à la politique de l’entreprise ».

« PayPal évalue régulièrement les activités au regard de notre politique d’utilisation acceptable et examine avec soin les comptes, fermant ceux qui violent notre politique » ajoute le porte-parole.

L’entreprise ne fournit aucun détail sur les prétendues violations qui auraient conduit à la clôture du compte de l’Agence Média Palestine.

L’action de PayPal rappelle la répression contre les interventions politiques et le journalisme indépendant, en particulier contre les publications de gauche et axées sur la Palestine, qui a été conduite par d’autres géants de la Silicon Valley, comme Facebook et Google.

Weinthal feint l’ignorance

Une heure environ après avoir reçu le courriel du 12 juillet de PayPal l’informant que son compte avait été fermé, l’Agence Média Palestine a été contacté par mail par Benjamin Weinthal utilisant sa casquette de journaliste du Jerusalem Post.

« Votre organisation classe PayPal comme une méthode de don, mais le paiement est bloqué » déclare Weinthal.

« PayPal a-t-elle fermé votre compte ? Si oui, quelle a été la raison de la fermeture ? » demande Weinthal, feignant l’ignorance pour un problème dans l’instigation duquel il a manifestement joué un rôle clé. « Est-ce que votre compte viole une loi antidiscrimination en France ? ».

Weinthal n’a pas répondu à la demande d’explications de The Electronic Intifada.

Dans un article publié le lendemain, Weinthal cite, sans les nommer, « des experts juridiques » pour affirmer que les organisations qui soutiennent le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions « violent la loi Lellouche, ce qui rend illégal le fait de cibler les Israéliens sur la base de leur origine nationale ».

Il porte la même accusation en janvier après la fermeture par PayPal du compte du groupe militant Association France Palestine Solidarité.

Pourtant, les tentatives d’Israël et de ces « experts juridiques » anonymes pour interpréter la législation français afin d’interdire le discours ou le militantisme en faveur des droits des Palestiniens et du BDS n’ont aucun fondement. Ces tentatives ne sont rien d’autre que de l’intimidation et de la censure, comme le reconnaissent même des dirigeants de l’Union européenne.

Le plaidoyer pour le BDS est légal

En 2016, la Commission européenne, l’organe exécutif de l’Union européenne, a affirmé que les « actions BDS » au sein de ses États membres sont protégées en tant que « liberté d’expression et liberté d’association, conformément à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ».

Federica Mogherini, chef de la politique étrangère de l’UE, a récemment réaffirmé cette position dans ce que le journal Haaretz décrit comme « une lettre personnelle, aux mots tranchants » adressée au ministre israélien des Affaires stratégiques d’Israël, Gilad Erdan.

Le ministère d’Erdan conduit l’effort global d’Israël visant à contrecarrer le militantisme qui soutient les droits des Palestiniens.

La lettre de Moguerini a repoussé les allégations « vagues et infondées » avancées par Israël dans un rapport publié par le ministère d’Erdan, accusant l’UE de financer le terrorisme et les activités de boycott contre Israël via des organisations à but non lucratif.

« Les allégations comme quoi l’UE soutiendrait l’incitation ou le terrorisme sont infondées et inacceptables ». Et Mogherini ajoute : « Le titre du rapport lui-même est également inopportun et trompeur ; il mélange le terrorisme avec la question du boycott et il crée une confusion inacceptable aux yeux du public qui fait face à deux phénomènes distincts ».

Tenter de diffamer les militants du BDS comme étant associés au « terrorisme » a été une tactique clé de la Fondation pour la défense des démocraties, le groupe qui œuvre avec le gouvernement israélien et auquel Weinthal est affilié.

Alors que l’UE elle-même s’oppose à des boycotts contre Israël, Moherini affirme : « cependant, qu’une organisation ou un individu soit simplement lié au mouvement BDS ne signifie pas que cette entité soit impliquée dans l’incitation à commettre des actes illégaux, ni qu’elle se rende elle-même inéligible au financement de l’UE ».

La représentante de l’UE confirme une fois encore qu’un tel plaidoyer est une expression protégée.

Alors pourquoi PayPal aide-t-elle Israël et ses substituts à réduire au silence celles et ceux qui soutiennent les droits de Palestiniens ?

Ali Abunimah est directeur exécutif de The Electronic Intifada .

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine.

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