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Le croissant rouge à Gaza été 2014 (Photo Croix-Rouge Canada) Que peut vouloir dire « droit à la santé » en Palestine ?

lundi 28 novembre 2016, Par Le Collectif 69

Pour les Palestiniens, le droit à la santé est bafoué ; bien sûr ! Car, comment parler de ce droit, quand le quotidien des Palestiniens, ce sont des agressions, destructions, vol de terre, etc ... causés par des Israéliens, colons, militaires, police .. ? Que peut vouloir dire droit à la santé, quand le pays est sous occupation, colonisation, blocus , toutes choses illégales ?

- Droit à la santé ? quand il y a apartheid spatial !

En Cisjordanie, il y a 2 réseaux routiers différents, l’un pour les Israéliens, l’autre pour les Palestiniens. Et comme le Mur et les colonies ont fragmenté à l’extrême l’espace palestinien, l’accès aux soins dans les hôpitaux des villes palestiniennes est très compliqué. De plus cet accès aux soins est entravé par les contrôles aux nombreux check-points et par la nécessité d’avoir certains permis pour entrer, à Jérusalem, là où il y a plus de ressources médicales spécialisées ….. Du coup, par exemple, il y a mise en danger des blessés devant se faire soigner rapidement, il y a mise en danger de femmes devant accoucher à Jérusalem ...

- Droit à la santé ? quand il y a un apartheid de l’eau !

Depuis 1967 et la main mise militaire sur la majeure partie de la Cisjordanie, l’État israélien contrôle la quasi totalité des réserves en eau. Et c’est l’accès à l’eau qui est problématique pour les Palestiniens. Selon un rapport détaillé de la Banque Mondiale : 450 000 colons en Cisjordanie utilisent plus d’eau que 2 millions 300 000 Palestiniens ! Et le prix du mètre cube d’eau est 2 à 4 fois plus élevé pour les Palestiniens que pour les colons !

- Droit à la santé dans les prisons israéliennes, alors que des prisonniers y meurent ou sont en danger de mort ?

La situation sanitaire des prisonniers et prisonnières palestiniens est désastreuse Il y a un millier de prisonniers malades et mal soignés ; et ils peuvent décéder par négligence médicale, comme ce fut récemment le cas, en octobre 2016, pourYasser Thiyab Hamduna, et aussi pour l’ex-prisonnier Naim Shawamreh qui a développé au cours de ses 19 ans dans les prisons israéliennes une dystrophie musculaire, et qui a succombé récemment à cette maladie, 3 ans après avoir été libéré. L’association de soutien aux prisonniers palestiniens, Addameer déclare : « Naïm est mort à la suite de négligence médicale. Il ne serait pas arrivé à ce point s’il avait été soigné ». Situation critique aussi des prisonnières palestiniennes : cette année,10 prisonnières, dont 5 mineures, blessées par les forces de sécurité israéliennes, sont toujours en prison, et non à l’hôpital.

- Droit à la santé pour les enfants palestiniens, alors qu’Israël emprisonne de plus en plus de mineurs ?

Et que des violences de toutes sortes (physiques, mentales) sont effectuées contre ces enfants pendant l’ arrestation, l’interrogatoire, et la détention. C’est ce que dit le récent rapport de mai 2016 intitulé « Enfances brisées », d’ACAT, AFPS, Ligue des Droits de l’homme et Yes Théatre. Il y a aussi, de la part des Forces Israéliennes de Défense, ces nombreuses attaques par balles visant les genoux, et laissant des jeunes handicapés.

- Droit à la santé des Palestiniens ? Quand il y a un quasi monopole de l’industrie pharmaceutique israélienne en Palestine !

Une étude de l’ONG israélienne « Who profits ? » a montré comment la population palestinienne est une « population captive » de cette industrie israélienne pharmaceutique, dont Teva, laboratoire de génériques, fait partie. Exemples d’avantages offerts à ces entreprises israéliennes : accès facile au marché palestinien, sans contrôle douanier, et pas d’attente aux check points ! pas de concurrence de la part des médicaments génériques bon marché, fabriqués par exemple en Inde, Chine, pouvant coûté jusqu’à 10 fois moins cher, parce ceux-ci ne sont pas certifiés par Israël ; par contre, le marché palestinien est privé de débouché : ainsi depuis 2010, interdiction de vacciner les enfants résidant à Jérusalem-Est avec des vaccins palestiniens.

- Droit à la santé pour les 2 millions d’habitants de la bande de Gaza ? alors qu’ils subissent des guerres à répétition dévastatrices, et sont sous blocus depuis 2007 !

Depuis 2008, il y eut 4 offensives militaires israéliennes. Deux furent particulièrement dévastatrices : « Plomb Durci, 2008/2009, qui a duré 22 jours : 1400 tués dont 300 enfants ; « Bordure Protectrice » juillet-août 2014, qui a duré 50 jours : 2251 Palestiniens tués, dont 551 enfants ; 11231 Palestiniens ont été blessés, 900 Palestiniens dont 1/3 d’enfant subissent un handicap à vie. 17 établissements de santé ont été détruits plus de 57% de la population est en insécurité alimentaire

- Les guerres accroissent forcément le besoin de soins, mais le blocus militaire qui est terrestre, naval et aérien, empêche le développement des offres de soins !

Suite aux destructions hospitalières, les hôpitaux sont en nombre insuffisant (1 hôpital pour 60 000 habitants), ils sont sous équipés en matériel spécialisé, et soumis à de fréquentes coupures d’électricité  La mortalité infantile est élevée :14,3 morts pour 1000 naissances (en France, 3,5 pour 1000 naissances en 2013) Des femmes atteintes du cancer du sein, que les hôpitaux de Gaza ne peuvent soigner, ne peuvent, à cause du blocus, sortir de la bande de Gaza pour se faire soigner à l’étranger

- Les guerres causent chez beaucoup d’adultes et enfants des troubles psychiques sévères : ces guerres successives créent « une situation de traumatismes répétés, collectifs, transgénérationnels » dit la pédo-psychiatre Souha Mansour-Shehadeh,

- La situation sanitaire est très alarmante du fait du manque d’eau potable à Gaza : dès 2012, l’ONU disait : « Gaza pourrait être privée d’eau potable dès 2016, en raison des destructions et de la surexploitation des nappes ». Les bombardements israéliens successifs ont endommagé les terrains aquifères, les canalisations, les puits, les stations d’épuration, de pompage, de stockage, et du fait du blocus et du manque de matériaux, les infrastructures de traitement des eaux usées et des stations d’épuration n’ont pu être réparées. Et c’est effectivement une très faible quantité d’eau qui est potable ; aussi un quart des maladies recensées dans la population de Gaza sont des maladies liées à l’eau : maladies diarrhéiques, troubles thyroïdiens, cancers chez les adultes et les enfants…

- Du fait de l’appauvrissement de la population, il y a une insécurité alimentaire, et l’apparition de maladies nutritionnelles comme le retard de croissance et l’insuffisance pondérale chez, l’enfant, et l’anémie chez les femmes enceintes

- Le blocus c’est aussi l’empêchement, faute de matériaux, à reconstruire les maisons détruites  : un seul exemple : pendant le mois de février 2015, qui fut si rigoureux à Gaza, plusieurs victimes sont mortes d’hypothermie, et le journaliste israélien Gidéon Levy a écrit le 20 mars 2015 : « Salma n’a vécu que 40 jours, comme l’éternité d’un papillon. C’était un bébé de Beit Hanoun … qui est décédé d’hypothermie, après que son corps frêle ait gelé sous le vent et la pluie qui ont pénétré dans la hutte de contreplaqué et de plastique où elle vivait avec sa famille, depuis que leur maison a été bombardée ».

Face à ce déni systématique de tous les droits humains fondamentaux et civiques des Palestiniens, que faire ? Comment agir pour ce droit à la santé, droit universel dont doivent profiter aussi les Palestiniens ? Nous pensons qu’il faut dénoncer la politique criminelle israélienne, et donc ne pas la soutenir, mais participer à la campagne citoyenne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) ! Et il faut demander aux États l’application du droit international !

Michèle, Collectif 69 de soutien au peuple palestinien Nous écrirecontact :

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